Deux semaines en Turquie avec Madame Y, ma compagne de l’époque, entre les cheminées de fées de Cappadoce, les plages de la Riviera turque et les mosquées d’Istanbul — dans une ambiance encore marquée par le Covid (tests PCR, incertitude sur les contrôles sanitaires à chaque étape) mais sans que ça n’entame vraiment le voyage.

Jour 1

Arrivée à Istanbul, retrouvailles à Taksim

Environ 4h de vol jusqu’à l’aéroport SAW d’Istanbul, un des rares où les taxis ne sautent pas à la gorge dès la sortie. Bus jusqu’au quartier de Taksim (27 livres turques, environ 2,70€, 1h45 de trajet). Arrivé à l’arrêt, à peine le temps de repérer où j’étais et où aller que déjà quelqu’un se jette sur moi — Madame Y ! Elle m’attendait là depuis un petit moment. Elle vit à Dubaï, moi en France : se retrouver, après tout ce temps loin l’un de l’autre, c’est un bonheur immense. Direction l’hôtel à travers des rues bondées, plus locales que touristiques, la grande artère principale alternant enseignes internationales et échoppes traditionnelles. Notre hôtel, niché dans une rue perpendiculaire, fait le job sans plus. Balade dans le quartier en soirée : bars à chicha, restaurants de poisson, concerts improvisés, une vie nocturne étonnamment prononcée — tant qu’on évite les adresses trop fancy, la note reste raisonnable. Détail amusant : dans ce quartier pourtant touristique, l’anglais est étonnamment peu répandu, que ce soit à l’hôtel, au bar ou au restaurant.

Jour 2

Vol pour la Cappadoce, installation à Goreme

Réveil tardif, préparatifs tranquilles, réservation d’un hôtel à Göreme pour les nuits suivantes (51€ pour 3 nuits) — non sans mal, puisque Booking.com est tout simplement bloqué en Turquie et qu’il faut passer par un VPN pour y accéder. Petite frayeur avec les clés de l’hôtel introuvables au moment de partir, résolue par la seule vraie option disponible : rendre la carte et laisser filer, personne ne semblant vraiment en charge des lieux. Départ pour l’aéroport avec une inquiétude sous-jacente très 2021 : faudra-t-il un test antigénique pour embarquer ? La sécurité balaie la question d’un revers de main amusé. Vol domestique à 36€ la place, à peine 1h15 jusqu’à Nevşehir, un aéroport tellement minuscule qu’on descend directement sur le tarmac et qu’on rejoint la sortie à pied à travers de simples portes coulissantes, sans le moindre couloir ni passerelle — le genre de détail qui fait sourire après les hubs internationaux habituels. Minivan jusqu’à Göreme (40 livres, 45 minutes de route), arrivée à la nuit tombée vers 21h dans un hôtel simple mais bien placé, terrasse avec vue. Premier dîner local — un Testi Kebab, spécialité de la région cuite dans un pot en terre cuite entièrement scellé, que le serveur casse devant nous pour le servir — 40 livres et plutôt savoureux. Bière locale EFES achetée sur le chemin du retour pour clore la soirée sur la terrasse de l’hôtel.

Jour 3

Le château troglodyte d’Uchisar

Petit-déjeuner turc (pancakes au fromage, café turc, 70 livres le tout) avant de partir à pied pour Uchisar, à travers un paysage de roches volcaniques sculptées par l’érosion — les fameuses « cheminées de fées » de Cappadoce.

Göreme

Détour obligé par un premier point de vue payant (3 livres, le chemin direct étant fermé), puis marche d’1h30 quasiment solitaire, quelques vignes basses pour seule ombre, jusqu’au village d’Uchisar et son château troglodyte (20 livres l’entrée), littéralement creusé dans un piton rocheux naturel. La visite laisse un peu sur sa faim côté explications — aucune indication sur qui a habité ces pièces sculptées à même la roche ni depuis quand — mais la vue depuis le sommet, sur les formations rocheuses environnantes, vaut largement le détour.

Uchisar

Une fois redescendus dans le village, la rue principale d’Uchisar se révèle nettement plus touristique que le trajet qui y mène, tapissée de boutiques de souvenirs les unes à la suite des autres. Halte dans un petit café en contrebas, vue imprenable sur le château, le temps d’attendre le bon moment pour entamer la descente vers Göreme, rythmée par une pause coucher de soleil et un passage par la Pigeon Valley, sentier serpentant au milieu d’un paysage rocheux nettement plus végétalisé.

Dîner tardif à Göreme accompagné d’un chanteur turc et de son instrument à cordes — une sorte de harpe posée à l’horizontale. Excitation oblige pour le levé aux aurores du lendemain : pas moyen de trouver le sommeil avant 2h30.

Jour 4

Montgolfières et vallée de l’Amour

Réveil à 5h pour LE spectacle emblématique de la région : les premières montgolfières apparaissent dès 5h30 par la fenêtre de la chambre, le temps d’enfiler un pantalon et de grimper sur la terrasse en hauteur pour un ballet aérien à couper le souffle — des centaines de montgolfières survolant les cheminées de fées dans la lumière du petit matin.

Retour se recoucher une heure avant une journée volontairement tranquille : café dans un établissement local fréquenté par des habitués jouant aux cartes, après-midi calme à l’hôtel avant la chaleur de fin de journée. En fin d’après-midi, direction la Love Valley, des formations rocheuses à la forme suggestive qui ont valu leur nom à l’endroit — moins spectaculaire que la Pigeon Valley mais son lot de couples venus se faire tirer le portrait à cheval, sous l’œil d’accompagnateurs mi-guides mi-photographes tant les indications fusent (« tel angle, telle pose »). Retour dîner dans un quartier plus authentique de la ville, boutiques artisanales et restaurants sans alcool, avant une bière tranquille sur la terrasse de l’hôtel.

Jour 5

Anniversaire au lever du soleil, départ pour la côte

C’est l’anniversaire de Madame Y : réveil à 4h30 pour un second lever de montgolfières, cette fois depuis la vallée Rose. Après un passage par le grand parking bondé de cars de touristes, nous poussons plus loin, plus haut, jusqu’à dénicher un point de vue totalement désert — le ballet aérien qui suit restera un des grands souvenirs du séjour, entourés de montgolfières dans un silence quasi complet, loin de la foule quelques mètres plus bas. Retour se reposer un peu, puis détour par le centre avant le check-out : un petit pendentif en forme de montgolfière pour marquer le coup, qui viendra rejoindre le bracelet à breloques que je lui avais offert auparavant — une façon de garder une trace de cette journée un peu particulière. Après-midi d’attente avant le bus de nuit pour Antalya (100 livres, 8h de route), direction ensuite Kemer sur la côte méditerranéenne.

Jour 6

Arrivée à Kemer, plage de galets

Le bus s’avère finalement plutôt confortable, pas complet, on s’étale sur plusieurs sièges avec quelques heures de sommeil au passage.

Arrivée à la station de bus d’Antalya vers 8h, correspondance rapide pour Kemer (14 livres, environ 1h30 de trajet). Marche jusqu’à l’hôtel (Kubert Butik Hotel, 81€ pour 3 nuits, petite piscine bienvenue) : il est 11h30, la chambre n’est pas encore prête, nous repartons manger un morceau en attendant. Direction ensuite la plage : galets, très étroite, transats collés les uns aux autres du début à la fin — la station balnéaire dans toute sa splendeur. Nous marchons dans la rue commerçante principale, boutiques et magasins de souvenirs à foison, avant de dénicher un petit café pour un turkish coffee — accompagné, sans qu’on ait rien demandé, d’un çay (thé turc) offert par la maison. Retour à l’hôtel pour le check-in : la chambre double avec balcon promise n’est plus disponible, une autre nous est attribuée en attendant de changer le lendemain — plutôt sombre une fois les rideaux ouverts, avec vue sur le parking et le personnel prenant leur pause.

Petite pause puis retour à la plage en fin de journée, cette fois jusqu’au bout, là où les transats se raréfient enfin : l’eau reste fraîche et agréable, mais entre les galets peu confortables et la densité des lieux, difficile de comprendre l’attrait d’y passer une semaine entière ou plus, comme le font visiblement beaucoup de monde ici. En continuant le long du port pour une bière, la serveuse s’adresse spontanément en russe — la clientèle est massivement russophone dans le coin, au point que les locaux ne testent même plus l’anglais en premier. Direction ensuite un restaurant pour dîner : Madame Y étant végétarienne, pas évident de trouver de quoi la satisfaire, la viande dominant largement toutes les cartes. Une heure de recherche plus tard nous finissons enfin par nous poser vers 22h15.

Jour 7

Randonnée au coucher de soleil

Journée qui démarre en douceur, chambre enfin changée (balcon, important pour faire sécher les habits après la lessive dans le lavabo). On profite un peu de la piscine puis direction un point de vue au sud de Kemer pour le coucher de soleil — la montée est raide et la chaleur écrasante, quelques pauses bien méritées en chemin, mais le calme de la forêt (grillons pour seule bande-son) fait un bien fou après la station balnéaire. Arrêt à 300m du sommet plutôt que de pousser plus loin, la vue sur la mer, la ville et les montagnes suffisant largement pour un coucher de soleil mémorable. Descente à la tombée de la nuit, puis halte dans le même bar que la veille pour un échange linguistique improvisé — elle m’enseigne quelques mots de russe, j’essaie de lui rendre la pareille en français.

Jour 8

Canyon de Göynük

Lever vers 9h, bus jusqu’à la ville de Göynük (14 livres) puis 2,5km à pied sous une chaleur écrasante jusqu’à l’entrée du parc — peu de monde sur ce tronçon, seulement quelques touristes en quad qui nous doublent en direction de la même entrée. Une piscine naturelle marque l’entrée, traversée pour rejoindre l’accueil ; petit-déjeuner et turkish coffee sur place avant de payer les 20 livres d’entrée. La dame à l’accueil déroule tout le programme commercial — canyoning, descente en bateau — en russe ; nous optons pour la simple entrée. À l’intérieur, pas vraiment de sentier de randonnée à proprement parler : une large route de terre, empruntée toutes les 5 minutes par un nouveau pick-up dans un nuage de poussière, achemine les touristes vers les différentes attractions payantes (zipline, canyoning, descente en bateau). La vue sur l’eau en contrebas reste sympa malgré tout. Cette « balade » s’arrête assez vite sur une piscine naturelle encadrée de bars-restaurants des deux côtés, musique et gens attablés — plutôt décevant, impossible d’aller plus loin à pied, la suite se faisant uniquement en bateau ou en canyoning organisé.

Canyon de Göynük

Quelques sentiers de randonnée partent bien de la route principale, mais mènent à des points de vue lointains ou à d’autres villages à 15-20km — la chaleur nous dissuade de nous y aventurer. Nous préférons nous éloigner de la foule pour trouver un coin tranquille en contrebas : une minuscule piscine naturelle dans la rivière, accessible après un passage un peu acrobatique sur des rochers glissants, eau à 15°C environ mais franchement revigorante par cette chaleur. Pique-nique improvisé (pain, fromage, concombre, salami) le long de la rivière. Retour à l’entrée du parc puis marche vers le bus, presque aussi longue que celle à l’intérieur du parc. Petit plongeon dans la piscine de l’hôtel puis dîner au bar de plage désormais habituel, celui où nous sommes retournés chaque soir.

Jour 9

Départ pour Alanya, retrouvailles

Réveil vers 10h, préparatifs tranquilles en attendant que les derniers vêtements finissent de sécher. Au moment de rendre les clés, on me demande si j’ai déjà payé — j’aurais dû répondre oui vu la tournure des événements, mais l’honnêteté l’emporte… Journée quasi entière avalée par les transports : turkish coffee de départ (annoncé à 20 livres, payé 25), bus pour Antalya qui fait tout le tour de Kemer sous une chaleur écrasante (2h de trajet), correspondance trouvée sans peine pour Alanya (35 livres, encore un peu plus de 2h de route), puis bus de ville jusqu’à l’hôtel (10,50 livres/pers.) à deux pas de Kleopatra Beach. Chambre correcte pour le prix (68€ pour 3 nuits, wifi capricieuse, une seule prise électrique) où nous patientons en attendant des nouvelles de l’amie de Madame Y, qui vit sur place avec son compagnon.

Ils passent nous chercher vers 20h : retrouvailles chaleureuses entre les deux amies, les rires fusent à l’arrière. Direction le château perché sur les hauteurs d’Alanya, belle vue en approche, mais impossible d’atteindre le sommet : rues trop étroites pour croiser d’autres véhicules, une centaine de mètres de marche arrière collective avant de pouvoir faire demi-tour. Plan B tout aussi réussi : un point de vue alternatif juste au-dessus de l’inscription « I ♡ Alanya », vue tout aussi spectaculaire sur le château et la ville. Verre partagé dans un bar-resto, nous sommes les invités, donc interdiction de toucher à notre portefeuille, c’est un peu la tradition ici… Sur le chemin du retour, halte pour du maïs grillé dégusté dans la voiture, un vrai coup de cœur pour Madame Y, puis retour à l’hôtel.

Jour 10

Château d’Alanya et port aux pirates

Petit-déjeuner turc classique (œuf, fromage, salami, pain, confiture, miel, concombre) face à la plage, puis ascension à pied du même château qu’on avait tenté d’atteindre en voiture la veille sans succès — possibilité de monter en télécabine mais nous choisissons de marcher, trempés de sueur sous la chaleur mais récompensés par une vue superbe sur toute la baie. Visite plutôt rapide, essentiellement extérieure, avec peu d’explications sur place.

Château d’Alanya

Longue et agréable redescente par un chemin différent, jolies petites ruelles et escaliers en pente, ponctuée d’une pause Gozleme (sorte de crêpe salée aux épinards et fromage) et d’une bière avec vue sur la ville, jusqu’au port où sont amarrés de faux bateaux pirates, une institution locale pour les excursions à la journée — l’entrée de l’un d’eux, décorée sur le thème de « Pirates des Caraïbes », vaut le coup d’œil. Détail plus anecdotique : une quantité surprenante de machines à tester sa force alignées sur le port, punching-ball et score à la clé. Soirée compliquée en revanche côté restauration : les rues commerçantes proches de l’hôtel se révèlent être une succession de bars à musique forte, sans vraie option repas.

Jour 11

Dim Cave en scooter, Kleopatra Beach

Petite odyssée pour dénicher un scooter : le premier loueur n’a plus qu’un 50cc en stock et nous prévient que ce sera insuffisant pour grimper jusqu’à la grotte, le second propose bien un 125cc mais trop cher — nous finissons par trouver notre bonheur juste en face de l’hôtel, un 50cc moins cher. Direction Dim Cave, une grotte à une trentaine de minutes de route — première fois que Madame Y monte à l’arrière d’un scooter. Une pente sévère nous met à l’épreuve en chemin : nous tentons de la grimper, mais à mi-parcours, pas assez puissant pour aller plus loin — le premier loueur avait raison, mais ce n’est pas grave, demi-tour et détour par un chemin plus doux pour rejoindre la grotte. La grotte elle-même (18 livres l’entrée) se visite en deux temps : une petite salle sans grand intérêt d’un côté, puis un passage bien plus impressionnant de l’autre, escalier de fer serpentant entre stalactites et stalagmites jusqu’à un point d’eau évoquant une rivière souterraine — le tout sans la moindre affluence.

Retour en scooter le long de la rivière Dim, une institution locale où les restaurants installent leurs tables à même le lit du cours d’eau, pieds dans le courant frais — mais tellement serrés les uns aux autres que le charme s’en trouve un peu dilué. Halte café malgré tout sur l’une de ces terrasses flottantes. L’après-midi se termine à Kleopatra Beach, plage bien plus agréable que celle de Kemer (sable puis galets puis rochers), pizza et bières en terrasse avant une baignade prudente, Madame Y n’étant pas très à l’aise dans l’eau.

L’amie de Madame Y et son compagnon reviennent nous chercher pour un dîner sur le port, encore une fois offert malgré nos protestations, et nous réservent même un service de navette directe pour l’aéroport le lendemain — bien plus simple qu’un enchaînement de bus. Adieux chaleureux après une deuxième très bonne soirée en leur compagnie.

Jour 12

Retour à Istanbul, quartier de Sultanahmet

Restitution du scooter, puis navette jusqu’à l’aéroport d’Antalya (minivan bien plus confortable qu’un bus classique) pour un vol domestique vers Istanbul — trop court pour profiter du confort de l’appareil. À l’arrivée, pas de liaison directe pour Sultanahmet : bus jusqu’à Taksim puis tramway (ligne T1) jusqu’à l’arrêt Sultanahmet, en plein cœur de la vieille ville, ancienne capitale byzantine puis ottomane et aujourd’hui concentré des plus grands monuments de la ville. En traversant la place qui sépare la Mosquée Bleue de Sainte-Sophie, présence discrète mais réelle de policiers armés et de véhicules blindés à certains points d’accès. Installation dans un hôtel agréable, avec une belle vue sur le Bosphore et les îles depuis la terrasse — après une chasse au restaurant compliquée par des rabatteurs particulièrement collants, la soirée se termine simplement, bière achetée en supérette et dégustée en terrasse.

Jour 13

Sainte-Sophie et le Grand Bazar

La Mosquée Bleue reste fermée aux visites, heure de prière oblige : direction Sainte-Sophie à la place, dont l’entrée, payante à l’époque où elle était encore musée, est aujourd’hui gratuite — reconvertie en mosquée en juillet 2020, après avoir passé huit décennies comme musée. L’intérieur, marqué par des vitraux témoignant de son passé d’église avant la conquête ottomane, se visite sans trop de monde.

Mosquée Sainte-Sophie

Cap ensuite sur le Grand Bazar via un dédale de ruelles commerçantes, puis perdition complète — volontaire, cette fois — dans ses allées couvertes : bijoux, fringues, pâtisseries, tapis, chaussures et souvenirs à foison, un vrai labyrinthe où se laisser porter. Nous finissons par dénicher, comme par miracle, une petite place extérieure providentiellement calme à l’opposé de toute cette agitation, pour souffler autour d’un café turc avant de retourner nous perdre une seconde fois dans le bazar.

Retour vers l’hôtel en fin de journée, étape bien moins agréable : toute la rue est tenue par des rabatteurs de restaurants, certains n’hésitant pas à se planter carrément devant nous pour nous forcer à regarder leur menu, ou à nous guider doucement mais fermement vers leur terrasse. Petite accalmie dans un pub tranquille repéré au passage, musique agréable, avant de repartir en soirée vers un restaurant repéré le matin même : un dürüm pour moi, un kebab végé pour Madame Y qui s’avère être un simple mélange de riz et de légumes, copieux malgré tout. Accueil chaleureux (Rainbow Restaurant), baklavas et thé offerts en fin de repas, puis une part de gâteau supplémentaire — l’anniversaire d’un client du jour, fêté avec toute la salle.

Jour 14

La grande mosquée, côté asiatique

Test PCR en fin de matinée (200 livres) avant de rejoindre à pied le port pour traverser le Bosphore en bateau (8 livres, une quinzaine de minutes sur un grand bateau confortable, la vue sur les deux rives valant à elle seule le trajet). Une fois côté asiatique, à Üsküdar, bus local (encore 8 livres) jusqu’à la mosquée de Çamlıca, achevée en 2019 et devenue depuis la plus grande mosquée de Turquie — traversée du parking souterrain, sachets plastique pour les chaussures à l’entrée, une salle de prière principale impressionnante par ses dimensions plutôt que par son raffinement. Le vrai clou du site se trouve en sortant sur l’esplanade : un point de vue spectaculaire sur l’ensemble d’Istanbul depuis les hauteurs.

Marche jusqu’au parc Çamlıca voisin, vue tout aussi superbe sur la ville, quelques stands de nourriture bon marché pour grignoter, parc animé sans être bondé — nous nous posons un moment dans l’herbe avant de reprendre la route.

Sur le chemin du retour, direction le métro, propre et impeccablement entretenu (13 livres) : après quelques arrêts, la correspondance annoncée s’avère en fait être le Marmaray, une ligne de train de banlieue distincte qui passe sous le Bosphore. Nous préférons finalement rebrousser chemin et reprendre le bateau pour retraverser le Bosphore : plus long, mais avec une vue superbe et un coucher de soleil en prime. Dîner dans le même restaurant que la veille, pas de baklava cette fois mais de la pastèque en dessert — bien plus léger.

Jour 15

Bazar aux épices, Galata Tower, Ortaköy

Récupération des résultats de tests PCR puis nouvelle tentative pour la Mosquée Bleue, toujours en travaux — un peu moins photogénique que prévu à cause des échafaudages, mais on y est enfin entrés. Détour par le Bazar égyptien (bazar aux épices), plus posé et moins tentaculaire que le Grand Bazar — thés, baklavas et épices en une seule rue traversée rapidement.

Direction ensuite la tour de Galata, de l’autre côté de la Corne d’Or : possibilité de monter au sommet, mais malheureusement déjà complet — contemplation depuis la base, avec en prime le spectacle improbable d’une jeune femme filmée par son compagnon en pleine chorégraphie TikTok au milieu de la foule.

Fin de journée dans le quartier d’Ortaköy, accessible après une bonne heure de bus : petite place animée au bord de l’eau, dominée par sa mosquée et, juste derrière, le pont du Bosphore — le premier des trois ponts suspendus reliant l’Europe à l’Asie, une silhouette qui n’est pas sans rappeler le Golden Gate, et sans doute l’un des points de vue les plus photographiés d’Istanbul. La place a un petit air de marché de Noël — sauf qu’à la place des souvenirs, une vingtaine de cabanons identiques vendent tous la même chose, du kumpir (pomme de terre au four fourrée au choix). Pour cette dernière soirée, nous tenons à trouver un resto avec une belle vue, même si ça doit se résumer à un kumpir (35 livres, mais quelle quantité !) — terrasse avec vue sur la mosquée, le détroit et le pont, dernière soirée marquée par du vin local dégusté sur la terrasse de l’hôtel.

Jour 16

Retour en France

Réveil à 5h30 après une nuit très courte : se dire au revoir n’est jamais facile, elle repart pour Dubaï, moi pour la France. Dernier trajet solo jusqu’à l’aéroport — tram, funiculaire jusqu’à Taksim, puis bus, avec une attente interminable pour le check-in Pegasus finalement réglée en quelques minutes aux bornes automatiques. Trois heures d’attente sans wifi avant l’embarquement, et retour vers la France après trois semaines de voyage à deux, entre Cappadoce, Riviera turque et Istanbul.

Bilan

Trois semaines qui doivent beaucoup à la présence de Madame — les retrouvailles à l’arrêt de bus dès le premier soir, l’anniversaire fêté au lever du soleil au milieu des montgolfières, et cette soirée généreuse à Alanya avec son amie et son compagnon. Un des tout premiers voyages à deux plutôt qu’en solo, mais la tête tout aussi pleine de souvenirs au retour — cette fois avec la chance, en plus, de pouvoir les partager sur l’instant. Le pays lui-même se sera montré sous son meilleur jour hospitalier — cafés offerts, conversations improvisées, hospitalité constante — malgré un contexte encore marqué par la pandémie (tests PCR, incertitudes sanitaires à chaque étape) qui n’aura finalement jamais vraiment pesé sur le voyage.

Trois semaines en solo à travers les Philippines, de Luzon à Panay puis Mindoro, en jeepney, ferry, tricycle et bus de nuit. Une injection de cortisone au genou, reçue juste avant le départ, m’interdit tout trek en montagne pendant une dizaine de jours, ce qui redessine un peu le programme : plages et îles d’abord, randonnées dans les rizières une fois le corps de nouveau disponible. Un voyage marqué par une générosité quasi systématique des locaux croisés en chemin, mais aussi par la réalité plus sombre du tourisme sexuel dans certaines villes — et, en toile de fond, une tête pas franchement disponible pour tout ce qui se passait autour de moi.

Jour 1

Arrivée à Clark, premiers pas à Angeles

Départ de Dubaï à 3h du matin, vol unique jusqu’à Clark avec une escale technique à Cebu — juste le temps d’un changement de passagers. Je tente ma chance pour descendre là-bas plutôt (l’île a de quoi occuper), mais refus catégorique : direction Clark, ma destination initiale, sans discussion possible. Tout petit aéroport à l’arrivée, et une première : personne pour me harceler à la sortie. Un jeepney (le minibus local, aussi coloré qu’increvable) me dépose à Angeles, ville que j’apprendrai vite être surnommée le Pattaya des Philippines, réputée pour sa prostitution. Quelques hôtels visités avant de m’arrêter dans l’un d’eux, 1300 pesos la nuit (la monnaie locale, le peso philippin) — un préservatif traîne sous la table, je redescends demander qu’on refasse la chambre. Je passe la soirée à chercher un vol pour quitter la ville au plus vite, et finis par trouver Clark-Kalibo, sur l’île de Panay, à deux pas de Boracay.

Yummy…
Jour 2

Angeles au petit matin, vol pour Kalibo

Réveil aux aurores à cause de voisines bruyantes, impossible de me rendormir : je pars marcher dans la ville encore endormie. L’avenue principale défile, bars, clubs, salons de massage — la réputation du coin se confirme. Un Français croisé la veille se vantait fièrement de ne pas avoir couché avec une fille trop jeune ; ambiance. Petit répit dans une ruelle calme où un enfant me fait coucou avec un grand sourire, ça fait du bien. Repas au McDo, un burger offert à une femme sans-abri et son enfant dehors. L’après-midi, vol pour Kalibo puis tricycle (le taxi-side-car local, une sorte de tuk-tuk philippin) jusqu’à Casa Dayang, une auberge en cabane à 350 pesos — dortoir de quatre lits superposés rien que pour moi, accueil adorable, mais aucun scooter à louer sur l’île de Panay. Soirée tranquille sur la terrasse du jardin.

Jour 3

Le propriétaire-journaliste, cap sur Boracay

Réveil rustique entre chiens et coqs. Le propriétaire de l’auberge, un ancien journaliste bien voyagé, m’offre un café et papote avec moi pendant une bonne heure — conseils précieux. À l’époque, l’île de Boracay impose une réservation d’hôtel confirmée pour pouvoir y entrer (une mesure mise en place après sa fermeture temporaire de 2018 pour cause de réhabilitation environnementale) ; il me propose une solution simple, mettre son propre hôtel là-bas sur le formulaire d’entrée, sans obligation d’y dormir vraiment. Il me conseille aussi l’Eco Park, une réserve de mangrove reliée par un ponton en bois d’un kilomètre jusqu’à un lagon donnant sur la mer — rien d’extraordinaire, mais agréable.

Direction ensuite Caticlan en bus climatisé, puis petit bateau pour Boracay (plus rapide qu’un ferry classique) : trois frais distincts à régler au port, 25 pesos pour la traversée, 75 pesos de taxe environnementale (littéralement destinée à préserver l’île, d’où le terme « réserve »), et 100 pesos de frais de terminal. Sur place, la ville déçoit un peu — grands buildings, une allure encore assez rustique malgré une clientèle essentiellement asiatique, bien loin du calme de Panay. White Beach, elle, concentre toute l’animation : bars et restos à touche-touche, prix en conséquence mais happy hours généreux. Soirée à échanger avec une Hollandaise et une Taïwanaise croisées à l’auberge.

Jour 4

White Beach et un hôtel abandonné

Réveil interrompu par une voisine qui rentre à 3h du matin en toussant sans retenue, avant de se mettre à ronfler de plus belle. Matinée à explorer White Beach vers le sud, où la foule se raréfie à mesure qu’on avance.

Au bout de la plage, un chemin de béton longe la falaise jusqu’à une crique bien plus tranquille, puis une plage encore plus calme où je repère un portail entrouvert au bout d’un escalier — je m’y engage sans trop savoir à quoi m’attendre, et tombe sur un ancien resort complètement à l’abandon, c’est parti pour un petit urbex. Silencieux, envahi par la végétation, avec une vue à couper le souffle depuis les étages supérieurs. Plus loin, deux tables de massage laissées à l’abandon sur une terrasse face à la mer, comme figées entre deux clients qui ne reviendront jamais.

Je repère aussi un palmier penché idéal pour une photo de coucher de soleil, et j’y reviens en fin de journée : des mariés y font leur séance photo, quelques filles prennent la pose, Instagram oblige… Soirée cantine locale plutôt que les prix touristiques du bord de plage.

Jour 5

Lever de soleil à Bulabog, cap sur Mindoro

Réveil à 4h pour un lever de soleil sur Bulabog Beach, côté local et sans sable blanc mais lumière superbe.

Retour à White Beach vers 6h dans l’idée de la photographier vide — raté, les touristes matinaux ont eu la même idée, mais nettement moins de monde qu’en journée.

Petite randonnée jusqu’à Mount Luho, le point culminant de Boracay, juste au-dessus de Bulabog Beach — la plateforme est officiellement fermée ce jour-là et l’endroit a un côté un peu à l’abandon, mais un chauffeur complice me fait passer par le côté ; je grimpe malgré tout et paie les 120 pesos une fois en haut : la vue embrasse l’île dans son ensemble, d’une côte à l’autre.

Je prends un peu de temps pour comparer les options : Tablas semble peu adaptée à un voyageur solo, tandis que Romblon et Sibuyan, plus difficiles d’accès, sont surtout réputées pour leurs treks — pas vraiment compatible avec ma restriction forcée côté marche. Je change finalement de plan pour filer directement sur Mindoro, plus simple d’accès.

Passage à D’Mall, la place à ciel ouvert qui fait office de cœur commercial et festif de l’île, boutiques et restaurants alignés entre les stations 1 et 2 de White Beach — un mojito en happy hour avant de rentrer à l’auberge. Là-bas, dégustation de rhum local gratuite entre 19h et 20h pour l’achat d’un soft, puis discussion avec deux Françaises qui écourtent leur séjour après trois jours, se sentant harcelées et en insécurité — elles n’auront vu que Boracay. Rencontre aussi avec un Finlandais d’origine marocaine installé à Singapour, en plein Ramadan — j’imagine mal la difficulté de tenir le jeûne par une chaleur pareille.

Jour 6

Cap sur Mindoro, étape à San José avant Sablayan

Départ matinal, change de devises au cas où (peu de bureaux de change annoncés sur Mindoro). Enchaînement tricycle-bateau-frais de port jusqu’au port de Caticlan, où un agent de sécurité (Rocki) engage la conversation — ancien guide de randonnée, passionné, il m’ajoute sur Facebook et me donne quelques recommandations pour la suite de mon voyage. Deux ferries permettent de rejoindre Mindoro depuis ici : direction Roxas à midi, ou vers Bulalacao (San Pedro) à 15h. J’opte pour Roxas — au guichet, un départ à 10h est même annoncé, encore mieux. L’objectif final reste Sablayan, mais entre le ferry et le bus, l’arrivée risque d’être tardive : je prévois donc une étape pour la nuit à San José, repérée pour sa gare routière et son aéroport qui devraient faciliter la recherche d’un logement, avant de rejoindre Sablayan le lendemain. Quatre heures de traversée, largement de quoi rattraper mon retard d’écriture pendant que certains en profitent pour se reposer.

Ferry pour Roxas

À Roxas, minivan (piloté, plutôt que conduit) jusqu’à San José : l’Hôtel Mindoro Plaza, dont le nom promet plus que la chambre miteuse sans wifi ni clim ne délivre — mais à 300 pesos, difficile de se plaindre. Personne ne parle vraiment anglais ici ; apparemment rien à faire dans les environs et aucune location de scooter. Direction Sablayan le lendemain.

Jour 7

Sablayan, le pont suspendu et le village en bambou

Minivan bondé (bagages et passagers se disputant l’espace) jusqu’à Sablayan, où je m’installe à l’Emily Hotel, au bord de la rivière — 250 pesos, simple mais suffisant (même sans papier toilette ni douchette dans la salle de bain commune).

Chambre grand luxe 😂

Je vais me balader un peu, à deux pas de l’hôtel, et tombe sur un pont suspendu — précaire en apparence mais visiblement solide, piétons et scooters s’y croisent sans problème. De l’autre côté, un village de cases en bambou, poules en liberté, enfants jouant sur des paniers de basket faits maison, et une plage de sable noir. Encore une fois, pas de touristes par ici.

Je me dirige ensuite vers l’office de tourisme : on m’informe qu’il faut un guide pour le Mont Iglit, indisponible avant lundi, et on m’oriente plutôt vers Apo Reef ou Pandan Island pour le snorkeling, avec l’Adventure Camp comme meilleure source d’infos sur les départs de bateaux. En chemin, le décor change radicalement : routes de terre, maisons en bambou au milieu des mangroves, très pittoresque. Sur place, je tombe sur Léo, un Français qui loge dans ce resort et se renseigne pour la même excursion, puis un couple se joint à nous — eux voudraient passer la nuit sur Apo Reef, mais à 5555 pesos, c’est un peu trop cher pour nous. Petite balade dans un parc non loin de là, puis retour au resort : on choisira finalement Pandan Island, un peu moins chère qu’Apo Reef, et je rejoindrai Léo ici même demain matin pour un départ ensemble.

Old school
Jour 8

Pandan Island, une tortue géante et une soirée mémorable

Direction Adventure Camp pour rejoindre Pandan Island, mais Léo n’est pas là, certainement déjà parti. La dame de l’accueil me dit qu’un groupe attend sur la plage ; je demande à me joindre à eux — un Américain accompagné de sa femme philippine et de toute sa famille. On discute un peu en attendant le bateau, il accepte volontiers et refuse même que je paye ma part de la traversée. Après une dizaine de minutes de bateau, arrivée sur l’île, je les laisse profiter en famille et pars de mon côté. Plage tranquille, quelques locaux en pique-nique. Je me pose pour un café et un petit-déjeuner improvisé à base de pâtisseries achetées au préalable dans l’une des nombreuses petites boulangeries en chemin.

Puis location de masque et palmes (200 pesos), direction le coin des tortues : à peine la tête sous l’eau, une masse sombre se détache du bleu — une tortue énorme, bien plus impressionnante que celle croisée au Sri Lanka, carapace d’environ un mètre, qui continue de brouter tranquillement sans se soucier de ma présence. En sortant de l’eau, je croise Léo, qui a rencontré un couple de Français partis explorer l’autre côté de l’île — les trois formeront le groupe que je rejoindrai plus tard dans la journée. Nouvelle plongée, nouvelle tortue, puis départ à pied à travers la jungle sur un sentier humide — à mi-chemin, réalisation piteuse : masque, palmes et tuba oubliés au resto de départ. Demi-tour, boulet assumé.

Le carrefour « Wild Lagoon » ou « Spanish Nose » m’attend ensuite : la première, une crique fréquentée par une bande d’ados locaux et quelques bancs de bambou rafistolés, parfaite pour se rafraîchir ; la seconde, plus tranquille, sans grand intérêt mais solitaire.

Retour à la plage principale pour une dernière plongée près des coraux, sans trop m’éloigner de mes affaires laissées sans surveillance. Je recroise ensuite les trois Français pour une plongée plus poussée — beaux coraux, gros et petits poissons, une murène en prime. Retour avec Léo vers 17h30, sur le toit du bateau.

En ville, nous voulons boire une bière, mais surprise : deux jours sans vente d’alcool à cause des élections. Devant une cantine, un jeune Philippin un peu éméché engage la conversation, rejoint par ses amis — questions en cascade sur la France, une fierté touchante à échanger avec un étranger. Ils m’invitent à partager un lugaw — le riz au porridge philippin par excellence, proche du congee chinois, garni ce soir-là d’un œuf dur, réconfortant après cette journée dans l’eau ; ils travaillent tous chez Jollibee, un fast-food réputé aux Philippines. Ils insistent pour me raccompagner en scooter, roulant prudemment (et en zigzaguant) tout en continuant à discuter.

Jour 9

Location de scooter et orage sur Mindoro

Enfin un scooter à louer (500 pesos/jour) ! Programme du jour : une tournée de lacs. Premier arrêt, Libuao Lake dans la Siburan Forest — belle route de montagne pour y arriver, mais accueil frustrant : 50 pesos payés, et à peine engagé seul sur le sentier, un employé me rattrape pour m’annoncer qu’un guide est obligatoire en solo. Impossible de simplement longer le lac comme prévu. Je me rabats sur un ponton d’observation, seul visiteur du site, dans un silence presque total seulement troublé par un concert d’oiseaux invisibles — pas la balade espérée, mais pas désagréable non plus.

Deuxième tentative : Panikian Lake, précédée d’un détour raté sur une route défoncée censée mener à un « suspended bridge » et une « water terrace » — abandonné, ce sera pour le retour. Le lac en lui-même se révèle nettement plus accueillant, gratuit et calme, sans embûche cette fois. Le tonnerre au loin sonne la fin de la tournée avant même d’atteindre la water terrace : demi-tour prudent, quelques gouttes de pluie sur le trajet retour, rien de dramatique. Retour à l’hôtel pour boucler les tâches du jour — laverie, dîner rapide, avant de préparer la suite : direction Tagaytay pour le volcan Taal.

Jour 10

Odyssée en transports vers Tagaytay

Journée entièrement dévorée par les transports, et pas des plus agréables : ceux qui vivent du transport ne semblent clairement pas là pour aider, alors que les inconnus croisés en chemin, eux, se démènent sans qu’on leur demande rien. Bus puis ferry bondés jusqu’à Batangas — sièges de jardin en plastique installés dans l’allée tellement le véhicule est plein — puis un ferry plus modeste avec des lits de camp improvisés sur le pont, encore une fois seul visage étranger à bord. À l’arrivée, aucun bus direct pour Tagaytay : minivans et taxis se moquent presque ouvertement de mon envie de prendre un bus plutôt que leurs services, un tricycle finit par accepter de m’emmener au terminal pour 200 pesos — avant de tenter de m’abandonner à mi-course sur un simple jeepney, à peine deux kilomètres parcourus. Au terminal, même son de cloche : chaque chauffeur, chaque employé donne sa propre version de l’itinéraire, personne ne semble vraiment se soucier de m’aiguiller correctement. Batterie de téléphone à plat, wifi introuvable même au 7-Eleven. C’est une vendeuse de téléphone, dans une boutique où je m’étais arrêté sans rien lui acheter, qui finit par démêler le bon itinéraire — bus puis jeepney — sans même chercher à me vendre une carte SIM, Grab (l’équivalent asiatique d’Uber) n’étant de toute façon pas autorisé dans le coin. Dans le bus, une jeune fille prend spontanément mon problème en charge, consultant sa mère puis d’autres passagers puis le contrôleur, avant de réaliser qu’il faut finalement un troisième bus pour arriver à bon port. J’arrive enfin à Tagaytay vers 21h, complètement à plat niveau batterie, sans savoir où je suis — un tricycle providentiel (celui-là, enfin sympathique) me dépose à la Modern Guest House pour 30 pesos. Rencontre avec deux Suisses à l’auberge : on décide de partager les frais pour le volcan le lendemain. Discussion jusqu’à 2h du matin, après une journée de transport complète.

Jour 11

Le Taal Volcano, une poupée russe géologique

Direction le lac avec les deux Suisses (Roman et son compagnon de route), tricycle négocié à 150 pesos jusqu’au port — en réalité une succession de maisons de particuliers, chacune avec son propre embarcadère miniature, aucune structure officielle en vue. Le chauffeur nous dépose directement chez une connaissance à lui : 2500 pesos annoncés pour le bateau et le reste. Trop cher — on repart marcher le long de la route pour comparer les offres d’autres propriétaires, sans plus de succès dans un premier temps. Une pause repas plus tard, on finit par dénicher quelqu’un prêt à faire la traversée pour 1800 pesos, le reste des frais à régler sur place.

Direction Taal Volcano, l’une des curiosités géologiques les plus improbables du pays : un volcan toujours actif, posé sur une île au milieu du lac Taal (lui-même niché dans une immense caldeira sur l’île de Luzon), et qui abrite en son sommet son propre lac de cratère — avec, en son centre, un minuscule îlot, Vulcan Point. Une île, dans un lac, sur une île, dans un lac, sur une île : cette poupée russe géologique n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde. Quinze minutes de traversée, puis marche agréable à travers le village et la forêt, sommet atteint en une demi-heure. Le guide qu’on nous avait chaudement recommandé se révèle complètement superflu. Redescente, traversée retour, puis nouvelle négociation avec les tricycles qui refusent tout net de baisser leur prix — sauf un, enfin conciliant. Soirée bière et rhum avec les Suisses, rejoints un moment par un Français. Sans leur présence à l’auberge, cette excursion m’aurait coûté une fortune pour une vue certes belle mais pas franchement exceptionnelle à ce tarif — je ne suis pas certain que je m’y serais lancé seul.

Jour 12

Retour vers Angeles, mésaventure de scooter

Départ discret pour ne pas réveiller les Suisses encore endormis, avec en tête l’objectif de rejoindre le nord du pays — Banaue, Batad. Angeles s’impose comme étape obligée sur la route : trois heures de bus bondé jusqu’à Manille (sac sur les genoux, comme souvent), tricycle le plus délabré jamais pris jusqu’à une autre gare routière, puis bus jusqu’à Angeles. Sur place, je tente ma chance pour louer une moto et continuer ainsi vers le nord — négociation avancée pour une Honda 150cc à la semaine, jusqu’à ce qu’on me demande mon permis. Le loueur m’apprend au passage que la route est truffée de checkpoints policiers, ce qui aurait vite posé problème. Un comble : sur tous mes précédents voyages en Asie, personne ne l’avait jamais réclamé, et par précaution, de peur de le perdre en route, je l’avais laissé… à la maison. Ce sera donc le bus pour la suite. Chambre à 940 pesos avec clim, dans le même quartier que la première nuit du voyage. Journée pluvieuse, pas grand-chose d’autre à faire : je profite du temps mort pour faire réparer mes chaussures, la semelle décollée n’ayant pas résisté à mes tentatives de bricolage à la super glu.

Jour 13

Route pour Baguio puis bus de nuit vers Banaue

Départ matinal en jeepney vers la gare routière, bus manqué de peu, le suivant à 11h30. Cinq heures de trajet jusqu’à Baguio, où l’air plus frais surprend agréablement. Recherche des billets de bus pour la suite dans un parc animé — voitures à pédales, vélos, barques sur le petit lac — avant de dénicher enfin le bon guichet (les places restantes sont au fond du bus, tant mieux, personne à côté). Étonnamment, aucune zone fumeur trouvable dans toute la ville, et impossible même d’y acheter des cigarettes — quand je demande aux passants où fumer, certains semblent presque choqués, sinon franchement inquiets. J’apprendrai plus tard que Baguio applique l’une des ordonnances anti-tabac les plus strictes du pays : interdiction totale en extérieur, parcs et rues compris, sauf zones spécifiquement homologuées et rendues volontairement rares, avec de vraies amendes à la clé — de quoi expliquer ces regards effrayés. Départ du bus de nuit à 21h, une dizaine d’heures de trajet en perspective jusqu’à Banaue.

Jour 14

Arrivée à Banaue, premières rizières

Arrivée vers 6h du matin après une nuit de sommeil fragmentaire, tout de suite cueilli par un homme qui m’annonce qu’il faut signer le registre des visiteurs — une formalité assez répandue dans cette région de l’Ifugao, où les hébergeurs consignent qui passe par là, sans doute pour les statistiques touristiques et un minimum de suivi dans ces montagnes reculées. Le même homme m’oriente ensuite vers son propre « informal center », qui s’avère être un hôtel-homestay tout à fait convenable (600 pesos, deux lits doubles et un simple — de la place pour une petite colonie, au cas où). Journée volontairement tranquille après cette nuit de bus : petite balade dans les rizières, où je tombe sur une chenille au look franchement improbable, méritant bien sa photo. Le ciel se couvre progressivement, signal de repli vers l’hôtel en passant par le village — suivie d’une coupure de courant de près de trois heures, apparemment monnaie courante dans le coin. Prétexte parfait pour rattraper mon retard d’écriture, avant une fin de journée aussi calme qu’elle avait commencé.

Jour 15

Randonnée le long des rizières

Matinée tranquille avant de partir crapahuter le long de la route jusqu’au dernier viewpoint des rizières, une bonne marche d’environ 5 km ponctuée de plusieurs points de vue successifs, chacun avec son propre angle sur les terrasses. Sur le bas-côté, d’innombrables taches rouges maculent régulièrement le bitume — la marque des habitants qui mâchent la noix d’arec (bétel), une tradition vieille de plusieurs millénaires aux Philippines, qui teinte la salive d’un rouge vif avant d’être recrachée. À l’un des points de vue, une vieille dame tisse un hamac avec un outil traditionnel, un vrai geste d’artisane à regarder faire — mais réclame une pièce dès qu’un appareil photo pointe dans sa direction. Au dernier viewpoint, je cherche à manger sans succès ; ce sera un paquet de chips en guise de déjeuner.

Retour vers Banaue par le chemin des rizières plutôt que par la route. Des enfants m’arrêtent plusieurs fois en réclamant le « password », m’apprenant au passage quelques mots de tagalog — certainement pas très catholiques, mais bon enfant. Une petite cascade en contrebas, où des gamins locaux se baignent sans complexe, marque le début d’un réseau de sentiers tissé entre les terrasses depuis des générations ; grosse montée d’escaliers ensuite, puis le chemin des rizières lui-même : plutôt plat, mais avec par endroits un jeu d’équilibriste forcé sur des murets à peine plus larges qu’une poutre de gym, l’eau boueuse d’un côté et une chute de plusieurs mètres de l’autre — un faux pas et c’est la baignade forcée, voire pire. La pluie s’invite brièvement sans gâcher la balade. Le soir, tout ferme tôt à Banaue — dîner à l’hôtel par défaut.

Jour 16

Direction Sagada

Changement de plan matinal : pas de minivan comme annoncé, mais un jeepney jusqu’à Bontoc puis un autre jusqu’à Sagada connu pour ses Hanging Coffins (certains passagers voyagent carrément sur le toit — tentant, mais risque de coup de soleil sévère sur deux heures de trajet).

Jeepney pour Sagada

Chambre trouvée à l’écart de la ville (600 pesos), puis repérage des points de vue — celui que je visais pour le lever de soleil est fermé, direction « Marlboro Hills » en alternative, je vais m’informer dans le village à l’office du tourisme, on me confirme que je n’aurais pas besoin d’un guide, c’est un sentier facile. Contrairement à la quasi-totalité des villes traversées jusqu’ici, pas l’ombre d’un tricycle à Sagada : le centre est suffisamment compact pour se faire entièrement à pied, à la différence de Banaue et du reste du pays. Petite balade vers Bokong Falls, une cascade tranquille à l’écart de l’hôtel, personne alentour puis petite pause dans un café sur le retour. Dîner dans un resto étonnamment cher pour la région (rien en dessous de 260 pesos), en compagnie d’un voyageur croisé dans le jeepney du matin.

Jour 17

Tentative ratée de lever de soleil et Hanging Coffins

Réveil à 3h pour Marlboro Hills — deux kilomètres de marche nocturne pour découvrir, au checkpoint, qu’un guide est obligatoire (800 pesos que je n’ai pas sur moi), contrairement à ce qu’on m’avait affirmé la veille. Rageant. Direction l’alternative, fermée elle aussi (« Private property »), tentative de contournement dans le noir peu concluante, retour prudent par un sentier forestier improvisé, frontale à l’appui obligatoire, noir total. Petite sieste de rattrapage.

Sur la route des Hanging Coffins, je me fais arrêter gentiment dans un petit parc pour répondre à un sondage sur l’avis des touristes concernant la région ; j’accepte, dix minutes d’échange, et en remerciement on m’offre un t-shirt — un souvenir gratuit, pas mal du tout. Je rencontre au passage un duo de Français, chanteur et danseur, et après un bref échange, je reprends la route.

Direction ensuite les fameux Hanging Coffins — cercueils suspendus à la roche selon une tradition locale qui refuse l’enterrement, croyant en une vie après la mort incompatible avec l’idée de suffoquer sous terre. Nouveau guide obligatoire pour y accéder ; par chance, je recroise sur place un Français déjà aperçu à Tagaytay quelques jours plus tôt, et on partage les frais du guide (300 pesos) — visite un peu récitée mais instructive : cimetière, cercueils empilés dans une faille rocheuse, puis les Hanging Coffins eux-mêmes, saisissants. Fin de la visite prévue, mais la guide propose de continuer pour 400 pesos supplémentaires — puisqu’on est déjà là, autant en profiter. Elle enchaîne avec une rivière souterraine traversant une grotte noire, débouchant sur la cascade déjà visitée la veille — j’aurais peut-être pu y accéder seul depuis le début.

De retour au village, repas avec mon compagnon du jour : un énorme pancit à partager, ces nouilles sautées aux légumes et au poulet qu’on retrouve sur toutes les tables philippines, du banquet de fête au en-cas de rue. C’est là qu’on retombe justement sur le duo danseur-chanteur croisé le matin même : je les mets en contact, dans l’idée qu’ils partagent un guide ensemble pour une excursion prévue le lendemain. Café puis quelques bières avec mon compagnon avant de rentrer, plutôt satisfait de cette journée finalement bien remplie.

Jour 18

Retour tranquille à Banaue

Matinée à attendre l’ouverture du guichet de bus, café en compagnie du Français rencontré la veille avant qu’il ne reparte explorer les grottes avec les deux autres. Trois heures de trajet retour vers Banaue, nouvelle chambre avec meilleur wifi, lessive, discussion avec deux Québécoises et rattrapage du journal de bord. Journée sans histoire.

Jour 19

Batad et la cascade de Tappiya

Tricycle bruyant (1000 pesos) jusqu’à Saddle Point, le point où la route s’arrête net — aucune piste carrossable ne descend jusqu’à Batad, tricycles et jeepneys s’arrêtent tous ici, contraignant chacun à finir le trajet à pied. À une bifurcation, je m’engage sur le chemin le plus étroit, moins fréquenté, et débouche sur un premier viewpoint qui dévoile la scène d’un coup, à couper le souffle : Batad occupe le fond d’une véritable cuvette, cerné de toutes parts par des rizières en terrasses qui plongent en cascade vers le village niché tout en bas — un amphithéâtre végétal, littéralement, puisque c’est le nom que lui donnent les locaux eux-mêmes. Paysage radicalement différent de Banaue, moins boisé, plus vertigineux. Je continue sur des sentiers tout aussi étroits jusqu’à un second viewpoint, plus haut encore, pour une vue plus impressionnante que la précédente.

Départ ensuite vers les chutes de Tappiya, par un escalier de pierre qui descend sans fin, passant à hauteur du village sans encore le traverser. Un premier point de vue sur la cascade, puis je me rapproche encore : un rideau d’eau glacée tombant d’une bonne soixantaine de mètres, encore préservé, avec seulement une poignée de locaux et de touristes sur place.

La remontée, prévue pour deux heures selon l’application, se révèle nettement plus fatigante que la descente. Vingt bonnes minutes suffisent pour retrouver le niveau du village, que je traverse cette fois pour de bon — ruelles étroites, ni route ni scooter en vue —, avant d’attaquer la dernière portion de montée jusqu’au parking, le dénivelé cumulé de la journée se faisant sérieusement sentir sous la chaleur. Retour à Banaue en tricycle, achat du billet de bus de nuit pour Manille (départ 19h, arrivée prévue vers 5h du matin), petite pizza congelée pour changer du riz. Endormissement précoce, encore habillé.

Quelque part à Banaue
Jour 20

Dernière matinée à Banaue, cap sur Manille

Dernière matinée à Banaue avant le grand saut vers Manille : chambre réservée en avance pour ne pas perdre de temps, café en terrasse à tuer les heures avant le bus du soir. Un vieux missionnaire vient engager la conversation, plein d’entrain — discours sur le paradis, l’enfer, et l’importance d’accepter Jésus, avec au passage quelques mots peu tendres pour certaines traditions locales, pourtant partagées par des Philippins tout aussi chrétiens que lui. Échange sincère malgré tout, qui occupe une bonne partie de la matinée. Dans le bus du soir, je recroise l’Espagnole tatoueuse rencontrée quelques jours plus tôt à Sagada — elle a fini par rencontrer la plus vieille tatoueuse du monde, mais l’expérience s’est révélée décevante, bien trop touristique pour permettre un vrai échange.

Jour 21

Manille, entre marché d’expatriés et rencontres discrètes

Arrivée à Manille aux aurores, assaut de taxis immédiatement écarté au profit du métro (pas vraiment souterrain, mais pas mal du tout : 20 pesos les premiers arrêts, puis un changement de ligne pour 20 pesos de plus) — sur le chemin, énormément de gens dorment à même le sol ou sur des cartons. Chambre pas encore prête à l’hôtel, je pars explorer un marché prisé des expatriés (lasagnes, fromages, produits introuvables ailleurs dans le pays) puis un parc où une vieille dame tatouée, en bermuda et chaussettes rayées, fait ses adieux à un arbre par un câlin avant de repartir à vélo — scène touchante . Un peu plus tard, une jeune fille timide engage la conversation, voix si douce que je peine à l’entendre ; faute de batterie pour échanger nos réseaux, je griffonne mes coordonnées sur une serviette en papier trouvée dans son sac. Nos chemins se séparent sans que j’aie retenu son prénom.

En rentrant, arrêt café dans un bar du quartier — 100 pesos la tasse, contre 25 à Banaue, de quoi halluciner sur l’écart de prix entre régions. Détail amusant : interdiction totale de fumer en terrasse, mais parfaitement légal à l’intérieur — l’inverse exact de ce à quoi on s’attendrait ailleurs. Les serveurs eux-mêmes, en train de siroter un thé glacé, finissent par se prendre une bière vers 9h du matin, sans que personne n’y trouve à redire. Retour à l’hôtel pour un autre café et quelques recherches sur les perles, avant de récupérer enfin ma chambre vers midi —il y a encore des chambres fumeurs ici malgré la sévérité affichée ailleurs dans le pays, simple mais avec un vrai lit et une salle de bain.

Les fameux jeepneys

L’après-midi, je pars en quête d’un cadeau pour quelqu’un de spécial. Les perles s’imposent vite comme évidence — un peu LE souvenir du pays, avec une mention spéciale pour les perles dorées de Palawan, réputées parmi les plus belles au monde. Direction SM Megamall où les prix s’annoncent hors de portée (jusqu’à 5000 pesos pour du south sea), puis Greenhills Mall, célèbre pour ses contrefaçons et ses perles à prix cassés, mais de qualité clairement inférieure. Retour à l’hôtel sans avoir acheté quoi que ce soit. Le soir, la ville change de visage : propositions de Viagra à répétition, un bar affichant sans complexe « combat de boxe de nains, combat à l’huile » — franchement dérangeant. Repas de dépannage au 7-Eleven, puis une femme insistante propose un massage puis une fille pour la nuit sur le chemin du retour à l’hôtel — refus poli mais ferme, échange resté malgré tout cordial.

Jour 22

Dernier jour, un cadeau

Retour à Greenhills pour la chasse aux perles : négociation serrée avec une vendeuse, de 3000 pesos annoncés à 1700 pesos obtenus pour un pendentif en perle dorée south sea — sans certitude totale de ne pas m’être fait un peu avoir, mais le rendu semble correct. Un joli souvenir pour cette personne spéciale.

Greenhills Mall

Après une tentative de piscine contrariée par le temps maussade, dernier repas dans un bar cubain — le plus cher du séjour (700 pesos pour deux bières et un sandwich-frites), mais copieux. Nouvelles sollicitations déclinées en soirée, dont une qui me lance un cinglant « I hate you » en représailles, plutôt comique avec le recul. Direction Dubaï dès le lendemain.

Bilan

Trois semaines denses, entre nature spectaculaire (le Taal, les rizières de Banaue et Batad, les Hanging Coffins de Sagada) et une traversée nécessaire de la réalité plus crue du tourisme aux Philippines — la prostitution omniprésente à Angeles et Manille, en contraste total avec la gentillesse désarmante croisée partout ailleurs : le propriétaire d’auberge journaliste, les jeunes de chez Jollibee refusant de me laisser rentrer seul. Une frustration récurrente, en revanche, du côté des endroits les plus touristiques comme Sagada : ces guides quasi systématiquement imposés, y compris pour des sentiers qui ne le justifient pas franchement — plus une formalité tarifée qu’une réelle nécessité, et un vrai frein à l’envie de simplement marcher seul de temps en temps. Ce périple avait aussi ceci de particulier que je le vivais la tête pas totalement disponible, préoccupé par autre chose que le voyage lui-même — et avec le recul, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure façon de profiter pleinement de ce qui se passe sous ses yeux.

Une semaine en solo entre les montagnes du Caucase et les rues pavées de Tbilissi, avec une bande de compagnons de route glanés en chemin — une blogueuse espagnole et un Polonais voyageant en moto — qui reviennent au fil des jours comme un fil rouge inattendu.

Jour 1

Arrivée à Tbilissi, premiers pas dans la vieille ville

Vol réservé deux jours avant le départ. Atterrissage à Tbilissi, et surprise en demandant s’il existe un bus pour rejoindre le centre : par miracle, la réponse est oui — pour 50 tetri à peine (la sous-unité du lari géorgien), soit environ 20 centimes d’euro le trajet. Le quartier autour de la gare routière n’a pas l’air très engageant, je reprends donc le même bus vers un coin repéré à l’avance, où je trouve une auberge à 10 laris la nuit. Petite balade dans les ruelles, un arrêt dans un parc sans grand intérêt particulier mais animé par son lot de scènes de vie : des anciens qui jouent aux dominos, une bière à 2 laris en terrasse, l’ambiance tranquille du dimanche. Je réfléchis à la suite : direction la région de Kazbegi, à Stepantsminda exactement — une petite ville nichée dans le nord montagneux du pays, tout près de la frontière russe. C’est la destination la plus accessible parmi celles qui me tentent, et le temps me manque pour pousser plus loin.

Jour 2

Réveil chaotique et route vers les montagnes

Le gérant de l’auberge dort dans le même dortoir que moi — son téléphone sonne à 5h du matin sans qu’il ne bronche, jusqu’à ce qu’un Français exaspéré se lève pour le réveiller. Le même scénario se répète plusieurs fois : il se réveille deux minutes, se rendort… Il finit par sortir fumer, laissant la porte grande ouverte sur une rue déjà bien animée. Réveil pour de bon vers 10h.

Direction la gare routière de Didube en métro puis marshrutka (le minibus collectif géorgien) — un passage par le métro particulièrement profond, presque comique comparé à celui de Dubaï, voire de Paris. Environ trois heures de trajet pour 10 laris, avec un paysage qui ne cesse de s’embellir à mesure qu’on approche. Arrivée à Stepantsminda (1740 m d’altitude), un décor à couper le souffle au milieu des montagnes. Auberge simple à 15 laris la nuit, réservée pour trois nuits : j’entre directement dans une pièce à l’entrée qui fait office de salon-cuisine, porte ouverte, l’autre pièce servant de dortoir avec cinq lits simples, sans rien de plus — et pas la moindre trace de réceptionniste, juste un numéro WhatsApp à contacter pour réserver son lit et payer. Quelques renseignements sur les sentiers de rando puis balade dans le village.

Vue sur le mont Kazbek et Gergeti Trinity Church
Jour 3

Vers le glacier, au pied du mont Kazbek

Petit-déjeuner et café dans une boulangerie où la caissière baragouine quelques mots de français, puis départ pour la randonnée. Premier arrêt : la vue sur la Gergeti Trinity Church, isolée sur son promontoire. Le paysage est superbe malgré un ciel couvert qui cache le sommet du mont Kazbek. Pause repas, pain et saucisse achetés plus tôt dans une petite épicerie, puis les montées se corsent — je croise pas mal de randonneurs chargés d’énormes sacs à dos, cordes et piolets à l’appui, probablement partis pour tenter l’ascension du mont Kazbek lui-même. Je trouve mon rythme au fil des kilomètres. Le chemin passe par un ancien camp de base avant de longer une cascade et des ruisseaux qui descendent directement du glacier. Magnifique.

Arrivé au pied du glacier lui-même, aux alentours de 3280 mètres d’altitude, l’envie de continuer se heurte à la prudence : d’un côté, de la terre sableuse truffée de crevasses invisibles ; de l’autre, la glace du glacier recouverte d’une fine couche de terre qui la rend traîtresse. La plupart des randonneurs s’arrêtent ici faute de crampons — moi non plus je n’en ai pas. Je préfère rentrer entier plutôt que tenter le diable, mange un morceau, et redescends. Quelques gouttes de pluie en chemin, rien de dramatique. De retour au village après une marche de 20 km aller-retour et plus de 1500 m de dénivelé cumulé, une bière bien méritée pour se réchauffer — il faisait froid là-haut.

Le glacier a une couleur brune à cause des sédiments de poussière

De retour à l’auberge, j’achète une bouteille de rouge et du fromage pour compléter le pain et la saucisse qu’il me reste. Je propose du vin à une fille installée en face de moi — le début d’une conversation qui s’étend vite à tout le monde : Daria, une blogueuse espagnole assez portée sur Instagram, et Rafal, un Polonais qui voyage à moto, venu se joindre à nous en cours de route. La soirée se prolonge à plusieurs. Au moment d’aller dormir, j’entends une des filles du groupe jurer en français en passant devant moi ; je lui souhaite bonne nuit, et elle me regarde interloquée, me demandant comment j’ai deviné qu’elle était francophone (belge, en réalité). « J’ai entendu un petit ‘bordel, putain’… » Fou rire garanti avant d’aller se coucher.

Jour 4

Un berger, un troupeau de nuages

Petit-déjeuner avec Daria et Rafal, tous deux partis pour le même trek que moi la veille — elle s’arrêtera à l’église, lui tentera de pousser plus loin, peut-être jusqu’à dormir à la station météo, mais le froid en décidera autrement. Je pars de mon côté explorer l’autre versant : deux heures de marche sans but précis, juste le plaisir de m’installer dans l’herbe et de regarder les montagnes. Un berger vient s’asseoir près de moi ; je lui offre une cigarette, et on échange comme on peut, entre gestes et bribes de mots. Après avoir bien pris le soleil, je redescends par la forêt en photographiant au passage, direction le village où j’espérais un irish coffee — indisponible, tant pis.

De retour à l’auberge, je recroise la Belge, qui m’explique faire le tour du monde sans jamais prendre l’avion — déjà un an et demi de voyage, et pas encore sortie d’Europe de l’Est et de Turquie. Elle change d’auberge, faute de place ici ; Rafal aussi. Le système WhatsApp continue de faire son effet comique : chaque nouvel arrivant doit être briefé sur le fameux numéro à appeler, l’info circulant de bouche à oreille entre voyageurs de passage. Daria, Rafal et moi décidons finalement d’acheter légumes et vin pour cuisiner ensemble à l’auberge.

La soirée se prolonge autour de récits de voyage, ponctuée d’un aller-retour chez un petit commerçant pour une bouteille de vin maison. Rafal part déposer ses affaires dans sa nouvelle auberge vers 22h avant de revenir terminer la soirée avec nous. Vraiment agréable.

Vue sur Stepantsminda, Trinity Church et Mont Kazbek
Jour 5

Retour à Tbilissi et soirée chacha à la Fabrika

Petit-déjeuner avec Rafal — porridge, fruits, café turc — avant le départ pour Tbilissi. Daria et moi prenons la marshrutka (bondée comme toujours), pendant que Rafal file à moto avec un détour par la vallée de Truso, direction la même auberge où j’avais logé à l’arrivée. Retrouvailles autour d’un repas. Daria nous entraîne ensuite à la Fabrika, une immense auberge de jeunesse nichée au milieu de nulle part, organisée autour d’une rue intérieure bordée de bars — Rafal la compare à la Khao San Road de Bangkok.

Une bière plus tard, direction le Bar Warszawa, un bar polonais sur Pushkin Street où la bière s’avère franchement mauvaise, mais où Daria insiste pour nous faire goûter le Chachachello, la spécialité maison — un shot de chacha (l’eau-de-vie de raisin locale) au citron, un peu comme un limoncello version géorgienne, sucré mais redoutablement efficace. Chacun paie sa tournée ; la bière reste imbuvable, le Chachachello un peu moins. En quittant les lieux, la tentative de commander un Uber local échoue — mais trois jeunes Géorgiens qui passaient par là, en voyant notre embarras, appellent eux-mêmes un chauffeur. Celui-ci annule finalement sans explication ; qu’à cela ne tienne, ils hèlent un taxi, paient la course eux-mêmes (à peine 5 laris) et nous embarquent dedans, sans qu’on ait rien demandé. Retour à l’auberge, dodo.

Jour 6

Journée calme entre grand huit et bar à vin

Réveil avant les deux autres, qui ont la tête un peu lourde après la soirée de la veille. Je descends prendre un petit-déjeuner puis les accompagne d’une boisson pendant qu’ils commandent à manger. Daria et Rafal partent tous les deux pour Erevan aujourd’hui — au revoir et un peu de temps à l’auberge avant de partir explorer le parc d’attractions de Mtatsminda, perché sur la colline qui domine la ville. Je grimpe la moitié à pied avant de céder à la flemme et prendre le funiculaire pour le reste. Rien d’extraordinaire une fois en haut, mais l’ambiance reste posée : une pause boisson à côté du grand huit, puis retour en ville à pied. En chemin, halte dans un bar à vin où je discute avec la serveuse, qui prépare un séjour à Strasbourg — petit monde. Retour à l’auberge sous une pluie légère. Journée sans histoire, mais agréable.

Parc d’attractions de Mtatsminda
Jour 7

Vieille ville, ponts modernes et leçon de khinkali

Nuit perturbée par un voyageur que je n’avais même pas entendu arriver, qui se lève en trombe pour vomir par-dessus le balcon (peut-être y est-il allé un peu trop fort sur le Chacha 😂) — cette auberge devient chaque jour un peu plus étrange. Check-out le matin même pour un vrai hôtel, avec une vraie chambre et de quoi souffler un peu — spa, piscine — après une semaine entière à dormir en dortoir et à enchaîner les kilomètres à pied. Deux derniers jours prévus ici, histoire de récupérer avant le retour.

Direction ensuite la forteresse de Narikala, une ancienne place forte à moitié à l’abandon mais dont le charme opère malgré tout.

Juste à côté se dresse la statue de la Mère de la Géorgie (Kartlis Deda) — vingt mètres d’aluminium, une coupe de vin dans une main et une épée dans l’autre, symbole à la fois de l’hospitalité et de la capacité du pays à se défendre.

Mother of Georgia

En redescendant, je me perds volontairement dans les ruelles de la vieille ville et tombe par hasard sur la Gabriadze Clock Tower, une tour penchée un brin fantasque avec ses automates — sympathique, et les restaurants du coin sont étonnamment chers pour le pays (la vieille ville est un peu plus touristique).

Ruelle de la vieille ville

Cap ensuite sur le pont Baratashvili, juste à côté de la Clock Tower — surnommé le « pont de l’amour », connu pour ses statues de bronze de couples enlacés qui ornent les rambardes,

puis le « Bridge of Peace », une passerelle piétonne moderne où je m’accorde une pause photo dans le parc adjacent.

Sur le chemin du retour, je m’arrête dans un petit restaurant sans prétention. Le patron, en me voyant sortir fumer une cigarette, me lance un « take more wine and go » et finit par me rejoindre dehors pour discuter — un Arménien qui a longtemps vécu à Toronto. De retour à table pour mes khinkali (d’énormes raviolis géorgiens), la vieille dame qui me sert se précipite pour me montrer comment les manger correctement, hilare de me voir improviser. Elle refait le même numéro avec le plat suivant, un khachapuri — une sorte de pain fourré à l’œuf et au fromage. Une vraie petite maman de substitution le temps d’un repas. Je termine la soirée à sympathiser avec un Sibérien et me montre fièrement ses photos prises à la Fabrika, avant de rentrer à l’hôtel.

Jour 8

Dernier tour dans la vieille ville, et adieu sous la cathédrale

Pour ce dernier jour, retour flâner dans la vieille ville — direction le quartier d’Abanotubani, connu pour ses bains sulfureux aux dômes de brique qui percent le sol comme des ruches, une architecture bien particulière qui ne ressemble à rien vu ailleurs dans la ville.

Je continue à pied à travers le canyon de Leghvtakhevi jusqu’à la cascade du même nom. Tout du long, de vieilles maisons en bois s’accrochent littéralement à la paroi rocheuse, balcons en surplomb au-dessus du vide et escalier en colimaçon qui serpente entre les habitations — un des recoins les plus insolites de la vieille ville.

En chemin, un second « pont de l’amour » différent de celui de veille : une petite passerelle couverte de centaines de cadenas censés sceller les couples pour toujours, dans le même esprit que le pont des Arts à Paris avant qu’on en retire tous les siens.

Je m’attarde sur place jusqu’à la tombée de la nuit pour voir le canyon illuminé — l’endroit change complètement d’ambiance une fois éclairé.

Canyon de Leghvtakhevi de nuit

Direction ensuite la cathédrale de la Sainte-Trinité (Sameba), la plus grande église orthodoxe du pays, pour un dernier dîner avec vue sur l’édifice illuminé — et la surprise d’un petit concert improvisé de musique géorgienne dans le restaurant. Belle façon de clore le séjour.

Bilan

Une semaine qui restera surtout marquée par une suite de rencontres improvisées et généreuses, croisés par hasard un soir autour d’une bouteille de vin et retrouvés plusieurs jours de suite jusqu’à Tbilissi ; trois inconnus payant un taxi sans qu’on leur demande rien ; une vieille dame plus attentionnée qu’un guide touristique pour vous apprendre à manger un khinkali. La Géorgie, entre les sommets du Caucase et les ruelles de Tbilissi, se souvient moins pour ses monuments que pour cette générosité presque systématique des gens croisés en chemin.