Carnet de voyage · Croatie

Croatie: de Zagreb à Dubrovnik, une semaine en solo

Petite précision pour la route : les prix ci-dessous sont en kunas, la monnaie de l’époque — la Croatie est passée à l’euro depuis.

Neuf jours pour descendre la Croatie du nord au sud, de Zagreb à Dubrovnik, avec quelques lacs turquoise et un peu de stop au milieu. Voyage en solo, sac léger, pas vraiment de plan au-delà du trajet.

Jour 1

Zagreb, premiers pas

Pour changer, je prépare mes affaires à l’arrache. Alex, ma voisine, m’emmène à l’aéroport pour 9h — la queue pour l’enregistrement est interminable. Je vole avec Turkish Airlines, plutôt sympa, repas correct. Petit coup de flippe quand l’avion se met à tourner en rond pendant près d’une heure au-dessus de l’aéroport, mais on finit par se poser à Istanbul avec une petite heure de retard. Le temps de fumer une clope et je repars embarquer. Nouveau retard à l’embarquement mais on décolle finalement à l’heure. Deux heures de vol jusqu’à Zagreb, Kung Fu Panda 3 en VO pour m’occuper.

Zagreb a un tout petit aéroport, facile de s’y retrouver. Je récupère mon sac, change 100€ (environ 750 kunas), et prends le bus jusqu’au centre. Sur place, je me renseigne sur quoi faire et où dormir, marche jusqu’au centre-ville, et trouve une auberge à 180 kunas la nuit pour deux nuits. Je pose mes affaires et repars aussitôt chercher à manger — pas franchement dépaysant mais pas déplaisant non plus. Petit fast-food du coin : une part de pizza (24 kn), un burger (14 kn), et la première bière offerte par la maison. Ça commence bien.

Jour 2

Zagreb, entre musées insolites et cimetière monumental

Levé vers 8h30, direction une boulangerie pour un petit-déjeuner improvisé — deux croissants pas terribles, mangés à l’hôtel avec un café. Je pars à pied vers le centre, traverse un parc, tombe sur un marché aux fruits et légumes et un marché aux fleurs. Le centre est agréable, plein de petites boutiques, encore peu de monde à cette heure. Je me perds volontairement dans les rues les moins touristiques — c’est souvent là qu’on trouve le plus intéressant. Je visite la cathédrale, belle dedans comme dehors, mais une messe est en cours donc je ne m’attarde pas.

En me perdant, je tombe par hasard sur le Broken Relationship Museum (30 kn) : une collection d’objets venus du monde entier, chacun accompagné de l’histoire d’une rupture. Original. Je continue et retombe, cette fois, sur un musée de la torture (40 kn) — la transition n’est pas franchement joyeuse. L’endroit est petit mais très sombre, sans fenêtre ; une tablette explique l’usage de chaque instrument face aux vitrines. Pas d’image choc, mais une ambiance vraiment lugubre.

Après ces deux musées pour le moins contrastés, je m’arrête manger un club sandwich et boire une bière. Direction ensuite le cimetière de Mirogoj : le bâtiment d’entrée, une sorte de rempart couronné d’un dôme, est la plus belle partie du site. Le cimetière lui-même est immense — j’en aurai vu peut-être un cinquième — et rassemble toutes les confessions religieuses, avec des arcades réservées aux Croates célèbres. Je m’assois un moment sur un banc pour décider de la suite, et un énorme cortège funéraire passe devant moi. Ambiance.

Je repars vers le parc Bundek, en tram — trajet assez long, quartier de barres d’immeubles, pas touristique pour un sou mais pas glauque non plus. Le parc est correct sans plus : un petit lac coupé en deux, une partie plus sauvage, l’autre bordée d’une plage de galets pour se baigner. Beaucoup de chiens s’y baladent sans laisse, tous très bien élevés. Je termine la journée dans un bar en hauteur repéré plus tôt (entrée à 30 kn, consommations à prix normal), une bière à la main, à regarder le soleil se coucher sur Zagreb. Il y a du monde dehors — une sorte de manifestation en cours. Les gens sont plutôt sympas, ici.

Jour 3

Plitvice, la beauté et la foule

Levé à 6h30, discussion rapide avec les gens de l’auberge, café, et direction la gare routière. Je voulais le bus de 7h30 pour Plitvice, complet — ce sera celui de 8h40. Le temps d’un café et de deux croissants (meilleurs qu’hier, la barre était basse), et deux heures et demie de route plus tard, j’arrive au parc national. Beaucoup de monde — touristes, groupes scolaires. J’achète mon billet (110 kuna) et dépose mon sac dans une consigne dont la sécurité laisse à désirer.

Dès l’entrée, la plus grande cascade du parc — magnifique, mais noyée sous les visiteurs. Je continue à pied, le paysage devient de plus en plus beau : lacs, cascades, eau turquoise. Au port n°2, je prends le bateau électrique pour traverser, et laisse volontairement passer la pause déjeuner pour éviter le plus gros de la foule. Ça ne suffit pas vraiment : certains passages, recouverts de dix centimètres d’eau, sont si étroits qu’on ne peut pas se croiser — de vrais bouchons piétons se forment. La dernière partie du parcours, en revanche, est beaucoup plus calme, et l’eau y est d’une clarté à donner envie de plonger.

Au dernier checkpoint, un petit train ramène vers le point de départ. Dommage que pas mal de sentiers soient encore fermés (inondations de l’hiver) et que je sois arrivé un peu tard pour tout voir. Résultat : j’ai le temps devant moi et j’attends mon bus pour Korenica comme un idiot, en avance. Arrivée à l’auberge vers 17h30, ambiance tranquille — une partie de Trivial Pursuit est en cours sans moi. Avant ça, seul restaurant ouvert de la ville : rien d’exceptionnel, et le serveur essaie de me faire payer un pain que je n’ai pas touché, en insistant d’un ton un peu agacé qu’il en manque une tranche. Cinq kunas, ce n’est pas la ruine, mais c’est le principe — je ne paye pas.

Jour 4

Split en stop

Le bus pour Split est à 10h40 et met six heures. Je tente ma chance en stop à la place. Panneau « Split » fait à la main, je me poste à la sortie de Korenica vers 8h20. Beaucoup de monde passe, certains me regardent d’un drôle d’air — le stop n’a pas l’air très répandu ici — mais après 1h30 d’attente, un Croate d’une soixantaine d’années s’arrête. Il va justement à Split voir sa fille, cool !

Le trajet, deux heures et demie par les petites routes de campagne, est magnifique — et surtout riche en conversation. L’homme s’y connaît très bien en histoire et me raconte la guerre : l’arrière-pays, splendide mais encore dangereux — des mines traînent parfois — et déserté par les habitants partis se réfugier près de la côte, là où il restait du travail. Certaines maisons ont été abandonnées si vite qu’elles sont restées figées dans le temps, table encore dressée, impacts de balles dans les murs. Il a l’air content d’avoir un peu de compagnie pour la route.

Arrivés à Split, il m’aide même à retrouver mon auberge — au 3ᵉ étage d’un immeuble, sans aucune indication, au milieu d’un dédale de ruelles étroites façon forteresse. Je pose mes affaires et repars me balader dans une ville noire de monde : c’est jour de fête, la Saint-Duje, patron de Split. Direction le parc Marjan pour un premier point de vue sur la ville, puis en grimpant les escaliers, un panorama complet — moins de vue sur la vieille ville mais une belle vue d’ensemble. Petite sieste sur un banc, puis descente par un chemin plus sauvage, à travers la forêt, jusqu’à un poste de surveillance incendie quasi désert — vue magnifique sur la mer, presque personne pour la partager.

Direction ensuite la plage de Bene, en suivant la pointe du parc, avec quelques criques sympas en chemin. La plage elle-même déçoit un peu, aménagée presque comme une piscine.

Retour vers la vieille ville (dix bons kilomètres de marche dans la journée), où je me balade encore un peu dans les ruelles — magnifiques mais bondées — avant de visiter le palais de Dioclétien : une rue souterraine, plusieurs salles avec des expositions de fleurs d’un côté, d’œuvres d’art plutôt quelconques de l’autre, mais l’endroit reste agréable, avec moins de monde qu’en surface. Le soir, je discute un peu avec les gens croisés à l’auberge.

Jour 5

Klis et les plages de Split

Réveil à 7h, café, discussion avec les gens de l’auberge, puis direction la forteresse de Klis, où ont été tournées plusieurs scènes de Game of Thrones. Pour le bus, j’entends deux femmes parler français — elles vont aussi à Klis, je les suis. Pas simple d’y arriver un dimanche : peu de bus, rien d’indiqué en anglais aux arrêts, mais on finit par y arriver après deux correspondances. Entrée à 40 kunas : plein de petits passages à explorer, une belle vue sur les montagnes et sur Split, quelques travaux qui gâchent un peu le tableau, et une mini-expo photo sur les lieux de tournage. La visite prend à peine 1h à 1h30.

Il est midi vingt, pas de bus avant 15h d’après ce que je comprends. Je vais me renseigner dans un petit bar, et l’un des habitués propose de me déposer où je veux. Il me dépose finalement à Solin, où les bus sont plus fréquents. Sur la route, on parle de tout et de rien — il évoque les attentats de Paris. Comme souvent ici, les Croates paraissent un peu froids au premier abord mais se révèlent chaleureux une fois la conversation lancée.

Retour à Split, où je vais voir les plages : la première, aménagée comme une piscine, ne me tente pas vraiment pour la baignade — flemme. Je continue le long de la côte, rien de paradisiaque mais sympa, m’arrête faire une sieste sur l’une d’elles. En rentrant vers l’auberge, je recroise un Brésilien rencontré à Zagreb — le monde des auberges de jeunesse. En soirée, je monte au point de vue pour admirer la ville de nuit : plutôt romantique, sauf que je n’ai que ma bière pour partager ça, entouré de couples. Un concert résonne depuis la côte en fond sonore. Retour vers 23h, dodo.

Jour 6

Dubrovnik, remparts et prix qui grimpent

Départ pour Dubrovnik en bus (120 kn), la route longe la côte avec vue sur les îles — même en dormant un peu, difficile de ne pas regarder le paysage défiler. On traverse même une bande de cinq kilomètres en Bosnie-Herzégovine. Arrivée après quatre heures de route. Cette fois, j’avais réservé mon auberge — les lits ne sont pas encore prêts, je redescends manger en attendant : sandwich et bière, 35 kn chacun, le double du prix pratiqué à Split ou Zagreb. La ville, magnifique, a aussi été un lieu de tournage de GOT, mais son prix se fait sentir : 520 kn pour trois nuits à Dubrovnik (environ 173 kn la nuit, plus 1€ de taxe de séjour pour la vieille ville), contre 167 kn pour deux à Split.

Vue de la terrasse de l’auberge

En fin d’après-midi, direction un point de vue sur la ville. Je rate complètement le chemin indiqué mais finis par trouver le sentier — montée fatigante, vue magnifique. En haut, un ancien fort avec un musée (payant, donc non), puis je m’éloigne des sentiers battus pour trouver un coin tranquille où admirer le coucher de soleil. Mauvaise pioche : je ne suis pas seul longtemps. Deux personnes arrivent, puis deux autres, puis encore deux… au final, une vingtaine de personnes éparpillées autour de moi. Le coucher de soleil reste magnifique malgré tout, et une fois le « spectacle » terminé et tout le monde reparti, je reste encore un peu pour voir Dubrovnik de nuit — tout aussi beau. Un randonneur arrive avec son sac, Robert, un Polonais en plein trip Espagne-Italie. Il compte planter sa tente ici pour la nuit ; je lui laisse mes bouteilles d’eau au cas où. Redescente à la frontale, dans le noir complet — pas d’éclairage sur le sentier.

Jour 7

Sur les remparts, à la recherche des décors de GOT

Réveil à 6h à cause d’un compagnon de dortoir rentré se coucher à 4h du matin en ronflant comme un sonneur — les joies du dortoir. J’en profite pour prendre mon temps : petit-déjeuner, café, un banc tranquille près des remparts. À 8h, ouverture des remparts (120 kn — ils ne se privent pas). Peu de monde dans les rues à cette heure, tant mieux pour repérer les lieux de tournage de Game of Thrones. La vue, côté mer comme côté ville, est magnifique — je prends mon temps, vu le prix payé. Une partie du chemin de ronde est en restauration, échafaudages partout ; une touriste me demande le passage, pas franchement rassurée, et finit par me prendre en photo devant le décor — j’ignore si mon portrait a fini sur Instagram ou en couverture de Vogue (j’en doute fortement).

Je pousse ensuite jusqu’à Gradac Park, un peu en dehors de la vieille ville, où ont été tournées les scènes du mariage — et de la mort — du roi Joffrey (spoiler pour les retardataires). Peu de monde, rien d’extraordinaire mais sympa à voir. Avec une vue sur l’extérieur des remparts.

Sur le chemin, je recroise par hasard un type de l’auberge de Zagreb, qui me reconnaît directement — moi beaucoup moins. Il veut visiter les remparts, je lui refile mon billet en espérant que ça passe. Direction ensuite Buza beach, réputée pour le saut depuis les rochers : l’eau semble profonde mais tellement claire qu’il est difficile d’évaluer à quel point — je vérifierai avant de sauter, si j’y retourne. Soirée tranquille à l’auberge, ambiance sympa mais anglophone à 90% (Américains, Australiens, Canadiens) — pas toujours facile de suivre.

Jour 8

Dernier jour à Dubrovnik

Encore réveillé tôt par le ronfleur. Je voulais sauter des falaises aujourd’hui, mais le temps ne s’y prête pas — trop de vent, trop de vagues sur la plage repérée la veille. Journée plutôt calme : je me balade en ville, sans grand-chose de neuf à voir, remonte à l’auberge, redescends plus tard vers ce que je pensais être le bon spot.

Erreur : le vrai Buza bar, celui qu’on m’avait conseillé, est ailleurs — et la mer y est bien trop agitée pour sauter, les vagues s’écrasent violemment sur les rochers. Je m’installe pour une bière (16 kn les 33 cl) et profite simplement de la vue, une bonne heure durant, avant de redescendre en ville puis à l’auberge.

Le soir, ambiance conviviale avec tout le monde présent, dont un autre Français, Damien — pas toujours simple de suivre toutes les conversations, mais sympa quand même. Une fois la salle commune fermée à 22h, tout le monde part en ville. On perd Damien en route, parti discuter avec la réceptionniste, direction le port où le reste du groupe s’est rassemblé. Petite mésaventure : deux personnes me demandent de leur ramener à boire, le temps d’y aller elles ont changé de bar — les consommations achetées pour rien. Dernière bière, dernière clope, et je finis par donner les deux bières restantes aux réceptionnistes de l’auberge avant d’aller dormir.

Bilan

Un pays vraiment magnifique, pas cher, avec une ambiance générale bonne, et pourtant une semaine ne suffit clairement pas pour tout voir : les îles croates restent à explorer, tout comme l’arrière-pays — magnifique d’après ce qu’on m’en a dit, mais plus difficile d’accès. Les amateurs de plongée y trouveraient aussi leur compte, avec pas mal d’épaves dans les fonds marins.

Côté affluence, la haute saison n’avait pas encore démarré, mais Plitvice et, dans une moindre mesure, Dubrovnik, laissaient déjà deviner ce que ça pouvait donner en plein été. Malgré tout, une semaine riche en belles rencontres, aussi bien avec des voyageurs qu’avec des locaux — et pour les fans de Game of Thrones, de quoi visiter pas mal de décors sans se ruiner.

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